Le H.D.R., acronyme de High Dynamic Range ou en français "Imagerie à Grande Gamme Dynamique" (voire "Imagerie Large-Gamme" pour les intimes) — des traductions totalement ridicules —, c'est de la märde!

Alors, O.K., c'est un peu rapide et très tranché, je vous l'accorde. Je vais donc quand même prendre le temps d'argumenter un peu.

À la base, le H.D.R. regroupe un ensemble de techniques principalement utilisées dans l'imagerie de synthèse ou le jeu vidéo afin de dynamiser la plage lumineuse d'une scène. Par extension, ces procédés ont été adaptés à la photographie numérique.

Pourtant, l'idée n'a rien de nouveau. Dès 1850, Gustave Le Gray composait déjà des tirages à partir de plusieurs valeurs d'exposition. Son fameux marine “Brick au clair de lune” en est l'exemple parfait, réussissant le tour de force de révéler simultanément les détails de la mer et les nuances du ciel.

Brick au clair de Lune
Brick au clair de Lune  Gustave Le Gray - 1850

Aujourd'hui, la réalisation de photos H.D.R. est devenue accessible au premier venu. D'ailleurs, la plupart des boîtiers récents et le moindre smartphone le font automatiquement pour vous sans que vous n'ayez à réfléchir. Pour schématiser la méthode manuelle, il suffit de prendre plusieurs clichés (au moins trois) d'une même scène en faisant varier l'exposition. On capture ainsi les détails dans les ombres les plus denses et dans les hautes lumières les plus intenses, avant de fusionner le tout via un logiciel spécialisé et un savant dosage de tone mapping.

making-hdr.jpg
 -4 stops / -2 stops / +2 stops / +4 stop > Local tone mapping

Malheureusement, à de très rares exceptions près, cette rigueur technique impose une contrainte majeure: pour obtenir des cadrages rigoureusement identiques, il faut que l'appareil reste parfaitement immobile et qu'aucun sujet ne bouge dans le champ. C'est précisément là que l'ennui pointe le bout de son nez. Le trépied vissé au sol et la rigidité de la prise de vue tuent bien souvent toute l'énergie et la spontanéité d'une scène. Mais ce n'est même pas encore ce qui m'ennuie le plus.

Non, ce qui me fait réellement grincer des dents, c'est cet horrible halo lumineux baveux autour des contours, sorti de nulle part, qui transforme n'importe quel paysage en tableau kitsch et irréel. Sans parler de l'overdose générale : excès de micro-contraste, surenchère de détails inutiles, saturation baveuse et couleurs fluo poussées au-delà de l'indécence.

Alors qu'il est pourtant tellement plus élégant d'apporter de la présence, de la dynamique et de la vibrance à une image sans recourir à ce genre d'artifices grotesques.

Clôture rustique à Marloie en Belgique. Chaîne rouillée, et un médaillon sur un poteau en bois. Paysage champêtre et ciel nuageux.
Poteau 3 

Évidemment, le photographe H.D.R. (qui, à court d'arguments, finira toujours par s'autoproclamer Artiste Numérique) défendra son travail bec et ongles. Il vous expliquera doctement que c'est ce qui se rapproche le plus de la perception visuelle de l'œil et du cerveau, ou qu'il y a le mauvais H.D.R. et le bon H.D.R., bien entendu.

En tout cas, une chose demeure absolue: il suffit de jeter un coup d'œil aux résultats d'une recherche d'images sur Google pour n'avoir plus qu'une seule et unique envie... hurler, la bouche encore pleine de vomi:  Meurs H.D.R.! Meurs! .