Pour ceux qui ne le connaissent pas encore, 500px est un site de partage de photos. C'est dans la même veine que Flickr, mais en nettement moins accessible au grand public. Le réseau frôle un tel élitisme visuel que certains visiteurs en résument l'expérience assez brutalement:

Passer 5 minutes sur 500px.com et être dégouté...

Il faut reconnaître que le contenu propulsé en une de la section Popular est à la limite du jaw dropping. La majeure partie de ce qu'on y contemple s'articule autour de grands paysages grandioses, de filés d'eau au rendu de soie, de modèles scrupuleusement mis en scène et plus parfaits les uns que les autres, d'animaux sauvages saisis sur le vif ou de sportifs en pleine action. C'est tiré au cordeau, superbe, impeccablement léché, ultra-coloré ou magnifié par un noir et blanc indécent. C'est très souvent surchargé en H.D.R., cadré au grand-angle: du pure BREATH TAKING sous stéroïdes!

500px
500px  Popular

Ce sont d'immenses instants et de superbes moments. On y croise de véritables techniciens du boîtier et, dans l'ensemble, la réalisation reste irréprochable. C'est tout à fait digne d'un numéro de Geo ou de National Geographic, voire des meilleurs magazines de mode.

Cela fera même un effet bœuf tiré en grand format au-dessus du canapé du salon, dans un bureau d'architecte ou au fond des toilettes. Mais de mon point de vue, cela ne raconte rien. Rien de rien, que dalle, nada, niets. Pour faire simple: je n'aime pas!

Alors O.K., ça m'arrive aussi d'apprécier une jolie photo dans le genre. Mais pour paraphraser un ami que je pourrais écouter parler de photographie les yeux fermés, un peu comme on se délecterait d'un Jean Rochefort narrant la transhumance d'escargots traversant une autoroute:

Faire des paysages sublimes au Yosemite ou à Bali, avec un peu de patience tout le monde sait et peut le faire. Sublimer le quotidien, ça c'est un défi...

Tout est dit. Sublimer le quotidien, ça c'est un défi. Voilà exactement ce qui me fait vibrer. C'est précisément pour cette raison que je reste bien plus admiratif du travail de Roland Lebrun, d'Olivier Cornil ou d'Olivier Vanhoeydonck que de la débauche de pixels qu'on nous sert sur 500px.

Roland Lebrun
Roland Lebrun  Olivier Cornil

Au fond, ce qui me touche, c'est bien plus simplement la poésie d'une vieille lampe de chevet posée devant un papier peint à motifs ou la mélancolie discrète d'une zone frontière. C'est là que je retrouve de la vraie vie et de vraies histoires.